Festival Lettres du Monde

Dans le cadre du festival Lettres du monde, le lycée Montaigne a eu l’immense privilège d’accueillir Sylvie Germain et Patrick Chamoiseau. Les photos suivantes ainsi que le discours de présentation et un article retracent quelques moments de cette rencontre.

Discours de présentation

Au nom du lycée Montaigne, de l’administration, des enseignants, de l’équipe éducative et bien évidemment des élèves et des étudiants, j’ai l’immense honneur d’accueillir aujourd’hui, dans le cadre du festival Lettres du monde, l’écrivain Patrick Chamoiseau.

Est-il besoin de présenter celui qui vient se rappeler à notre conscience, à notre humanité, en ces temps particulièrement troublés par une actualité tragique, obscurcis par les images tristes de populations déplacées par la guerre, la misère ou le despotisme ? celui qui vient nous parler de son métier d’écrivain, de son engagement, à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage intitulé Frères migrants ?

Patrick Chamoiseau est sans aucun doute une voix puissante, une voix qui porte, une voix qui réchauffe aussi : c’est assurément, selon les termes de Sartre, un homme en situation, un écrivain engagé. Fils spirituel d’Edouard Glissant, auquel il ne cesse de rendre hommage dans son dernier opus, théoricien de la créolité, Patrick Chamoiseau est l’un des auteurs martiniquais les plus connus, et les plus reconnus.

Né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France (Martinique), Patrick Chamoiseau fait des études de droit et d’économie sociale en France, puis devient travailleur social, d’abord dans l’Hexagone, puis en Martinique. Inspiré par l’ethnographie, il s’intéresse aux formes culturelles déclinantes de son île natale (les djobeurs du marché de Fort-de-France, et les vieux conteurs) et redécouvre le dynamisme de sa première langue, le créole, langue qu’il a dû abandonner au moment de ses études primaires.

En 1986 il publie son premier roman, Chronique des sept misères, où il raconte l’expérience collective des djobeurs et éblouit par l’invention d’un nouveau style, un langage hybride accessible aux lecteurs de la Métropole qui contient néanmoins les valeurs socio-symboliques du créole, la provocation et la subversion. Par la suite apparaît son deuxième roman Solibo magnifique (1988), livre qui développe les thèmes de la recherche d’une identité martiniquaise par les pratiques culturelles du passé. C’est grâce à son troisième roman que Chamoiseau éclate enfin sur la scène internationale :

Texaco (1992), grande épopée alimentée par les mémoires de Marie-Sophie Laborieux, raconte les souffrances de trois générations, d’abord sous l’esclavage, puis pendant la première migration vers l’Enville, enfin à l’époque actuelle. Texaco gagne le Prix Goncourt la même année et établit Chamoiseau comme la vedette du mouvement de la créolité.

Patrick Chamoiseau a travaillé aussi à d’autres projets. Avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant, il publie en 1989 l’Éloge de la créolité, manifeste de la créolité, et par la suite Lettres créoles avec Confiant, un essai sur la littérature antillaise de 1635 à 1975. De plus, il rédige son autobiographie (Une enfance créole – 3 volumes), édite une collection de contes créoles (Au temps de l’antan) et, en collaboration avec le photographe Rodolphe Hammadi, Guyane: Traces-Mémoires du bagne. L’œuvre récente de Chamoiseau continue à se développer au carrefour de la théorie et la création artistique et revêt une foisonnante diversité : on lui doit de nombreux récits (romans, conte, nouvelles, littérature jeunesse), des productions théâtrales, des essais, et même une incursion dans la BD.

Le lycée Montaigne, qui a travaillé par le passé à la reconnaissance de la littérature créole à travers de nombreux projets et qui continue à valoriser la littérature francophone, est par conséquent ravi de recevoir Patrick Chamoiseau pour un échange qui ne peut être que d’une grande fécondité.

Quelques mots pour présenter l’ouvrage dont nous allons parler ce matin : Frères migrants. C’est un ouvrage qui échappe à la codification des genres, à la typologie générique et que l’on pourrait qualifier d’essai poétique. Au fil de 17 brefs chapitres consacrés à la mondialisation et à ses dérives, Patrick Chamoiseau nous fait réfléchir à l’universalité de la condition humaine et oppose à la mondialisation le concept de « mondialité » qui constituerait une réponse à la déshumanisation progressive du monde libéral et capitaliste. Cette réflexion poétique se clôt dans le dernier chapitre par « la déclaration des poètes », aboutissement de cette théorie et philosophie en actes.

Je vais à présent laisser la parole à PC, en espérant que ses lumières et sa présence puissent éclairer notre conscience et notre pensée, afin que nous devenions tous, le temps de cette rencontre, de petites lucioles vacillantes, mais pleines d’espoir, prêtes à pourfendre toutes les formes d’obscurité et d’obscurantisme.

Stéphanie Bernier-Thomas

Article de Kate Lequereck (seconde 1)

Le dix-huit novembre deux mille dix-neuf, le lycée Michel de Montaigne à Bordeaux a eu la chance de rencontrer une des légendes de l’écriture martiniquaise : Patrick Chamoiseau. En effet, étant une des figures mythiques de la Martinique, il grandit sur cette île qu’il décrit de « petite et étroite » et dépendait de l’académie de Bordeaux, ville dont il a entendu parler pendant sa jeunesse. Nous avions préparé sa venue en cours de Français et nous avons été très honorés de l’accueillir. Notre lycée a toujours eu une grande affection pour les écrivains antillais et leurs œuvres. Nous avons pu écouter ses propos, partager et converser avec lui ; on ne peut pas le nier, son intervention n’a laissé personne insensible et elle nous a permis d’entamer une réflexion sur sa vision du monde.

Dans ses ouvrages, Patrick Chamoiseau évoque des sujets bien précis, comme par exemple la colonisation et la traite négrière qui affectent encore notre civilisation d’aujourd’hui. Cela laisse à croire que c’est un écrivain engagé, or pendant la conférence il nous a expliqué, à notre grande surprise, qu’il ne se considérait pas comme un écrivain engagé, mais comme un individu qui cherche à comprendre notre monde et son fonctionnement. Il veut d’ailleurs que l’on le reconnaisse comme un porte-parole pour ceux qui n’ont jamais pu s’exprimer. Il a mentionné à de multiples reprises ses ouvrages autobiographiques dans lesquels il raconte son enfance baignée dans la culture créole. Il glorifie cette culture qu’il aime profondément et l’utilise pour valoriser l’Afrique mais plus particulièrement les valeurs de la négritude et des Antilles.

Il cherche au travers de ses œuvres la subtile différence entre la connaissance scientifique et artistique. Nous avons pu écouter ses explications sur certaines de ses métaphores et comparaisons qu’il a pu créer dans ses écrits. Il y a quelque chose qui nous a notamment marqué, c’était sa comparaison avec les moyens d’agir entre les scientifiques et les artistes. En effet, il utilise la métaphore de « nuit qui tombe », manière de dire que le savoir et la connaissance des individus s’éteignent lorsque la nuit tombe et les laissent dépourvus de la réelle conscience. Ainsi, d’après lui les scientifiques, qui ont cette soif du savoir, sont constamment à la recherche d’une vérité, sans intervention autre que des preuves. C’est donc dans la nuit que les scientifiques vont allumer la lumière pour voir les faits concrets et arriver à une conclusion véridique. Or les artistes pour apprendre et comprendre en pleine nuit, vont chercher les lucioles, ces petits insectes égoïstes qui produisent peu de lumière. Ils vont les trouver pour les suivre, car ils sont à la quête d’une conclusion qui ne sera peut-être pas toujours la réalité mais, qui les aura emmenés dans un voyage d’apprentissage et de compréhension.

Enfin, il nous évoque pourquoi il a fait le choix d’écrire en français au lieu de sa langue natale ; le créole. Il insiste sur le fait que de nombreux écrivains se sont perdus dans cette hiérarchie de langues, considérant que la langue française est dominante et que la langue créole est dominée. Cela voudrait donc dire que la langue française est une langue « plus civilisée ». En revanche, il explique que pour lui, ces deux langues ont autant d’importance l’une que l’autre. Il a voulu écrire en français car plus de populations parlent cette langue, c’était un moyen de toucher le maximum d’individus au travers de ses écrits. Ceci fait la beauté de ses œuvres qui lui permet d’obtenir un moment de partage culturel avec toutes personnes parlant le français. D’ailleurs, nous le remercions infiniment pour ce moment de partage pour lequel il a consacré son temps et son énergie pour construire un souvenir qui restera inoubliable dans nos mémoires de jeunes citoyens.

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés