En hommage à Monsieur Hubert Germain, dernier Compagnon de la Libération

Hubert Germain (1920 – 2021)

Fils d’un général issu des troupes coloniales, Hubert Germain est né le 6 août 1920 à Paris. Il débute ses études secondaires à la mission laïque franco-arabe de Damas (1930-1932) et les poursuit au lycée Albert Sarraut à Hanoï puis au lycée Saint-Louis à Paris. Bachelier, il prépare le concours de l’École navale au lycée Michel Montaigne de Bordeaux au moment de la déclaration de guerre de septembre 1939.

En classe préparatoire au lycée Montaigne, j’étais heureux et épanoui.

Mais, dès juin 1940, écartant le concours, il cherche les moyens de continuer la lutte en pensant gagner le Maroc.

Lors d’une épreuve, je méditais devant ma copie, « à quoi bon poursuivre un examen qui, dans le cas ou tu serais reçu, t’obligera à obéir à un commandement allemand ? ». Je me suis levé, j’ai remis ma copie blanche à l’examinateur

Des troupes polonaises s’embarquant pour l’Angleterre à Saint-Jean-de-Luz, il parvient, avec trois camarades, à se joindre à elles et à monter à bord de l’Arrandora Star, qui appareille pour la Grande-Bretagne le 24 juin 1940. Hubert signe son engagement dans la France Libre à l’Olympia Hall à Londres, et se retrouve au milieu de 2000 hommes, pour beaucoup aussi jeunes et aussi perdus que lui.

Nous étions des braises, la flamme était en nous, elle a jailli.

En formation à la caserne d’Aldershot, il rencontre et se présente au général de Gaulle venu en inspection, il est conquis. 

Grâce à Charles de Gaulle, nous avons trouvé le chef qui était capable d’unir ces individualités afin d’être fidèles à notre destin.
En arrivant en Angleterre, en rencontrant le général de Gaulle, j’ai eu l’impression de trouver un deuxième père.

Engagé dès l’origine dans les Forces françaises libres, il suit les cours d’élève officier de Marine. Alors qu’il étudie pendant la journée entre les alertes, Hubert Germain participe la nuit à la défense antiaérienne contre les raids allemands. Au printemps 1941, il est affecté à l’État-major du général Legentilhomme, commandant en Palestine la 1ère Division légère française libre destinée à intervenir au Levant. Après la campagne de Syrie, à laquelle il participe, il est envoyé comme élève à l’école d’officiers de Damas en septembre 1941 ; il en sort aspirant pour être affecté au 2e Bureau de l’État-major de la 1ère Brigade française libre du général Pierre Koenig.

En février 1942, il rejoint les rangs du 2e Bataillon à la 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère (13e DBLE). Hubert Germain participe dès lors à la campagne de Libye au sein de la 1ère Brigade. Chef de section antichars, il se distingue dans les combats de Bir-Hakeim du 27 mai au 11 juin 1942, il est cité à l’ordre de l’armée et reçoit la croix de guerre. Il est promu sous-lieutenant en septembre 1942.

Lorsque je me suis retrouvé en Libye, par un matin très grisâtre, il pleuvait en début de février (1942), il faisait froid, j’étais au bord d’une piste parce qu’un officier devait venir me prendre et m’emmener, et je me suis dit pendant quelques instants : « mais qu’est-ce que tu es venu foutre là ? ». Et puis, cet officier est arrivé, le Capitaine de Sairigné, il m’a embarqué, ça y est, c’était un commencement

Nous sommes en Libye. On s’imagine qu’il y a une ligne de part et d’autre, et puis on joue un mauvais tennis si vous voulez, à se détruire, mais on s’imagine que l’on est face à face. Dans le désert, on n’est pas face à face, dans le désert on est comme sur un océan. La conception même de la bataille n’est pas du tout la même. Oui, il y a le sable, il y a de vagues repères, c’est une affaire entendue, mais quant à l’ennemi, il est partout. Il est devant vous, il est à gauche, il est à droite, il est derrière vous, et en l’air dans la mesure où des bombardiers viennent perturber votre propre évolution. Il était aussi au sol même… il y avait une profusion d’installation de mines, qui fait que malgré tout, il fallait regarder partout où on mettait les pieds.

La mission était pour nous de tenir huit jours en cas d’opération. Donc si l’on veut regarder les événements de Bir Hakeim dans le cadre de l’opération d’offensive menée par les Allemands, il faut bien considérer que la mission dévolue aux Français a été réussie : huit jours, on en a fait quinze…

Il prend part ensuite aux combats de la 1ère Division française libre (1ère DFL) à l’Himeimat (El Alamein) en Égypte en octobre 1942 puis en Tunisie jusqu’en mai 1943. En Italie, le 24 mai 1944, devant Pontecorvo, alors qu’il commande une section antichars en appui du 1er BLE, le lieutenant Germain est blessé. Évacué à Naples, il est décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle en Italie fin juin 1944. Il participe au débarquement de Provence en août 1944 et à la libération de Toulon, de la vallée du Rhône et de Lyon. Il prend part ensuite aux campagne des Vosges, d’Alsace et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l’Authion. Appelé comme aide de camp auprès du général Koenig, commandant les forces françaises d’occupation en Allemagne, le lieutenant Hubert Germain est démobilisé en 1946.

Attaché de direction dans une entreprise de produits chimiques, il est élu maire de Saint-Chéron (Essonne) en 1953, mandat qu’il conserve jusqu’en 1965. Chargé de mission au cabinet de Pierre Messmer, ministre des Armées, de 1960 à 1962 puis, de nouveau, en 1967 et 1968. Élu député de Paris en 1962, il a été réélu en 1968 puis en mars 1973. De 1972 à 1974, Hubert Germain est ministre des PTT puis ministre chargé des relations avec le Parlement (mars-mai 1974).

Hubert Germain était membre du Conseil de l’Ordre de la Libération depuis décembre 2010. Il vient de nous quitter à l’âge de 101 ans. Selon les souhaits du général de Gaulle, en tant que dernier Compagnon de l’Ordre de la Libération, il sera inhumé dans la crypte du Mont Valérien le 11 novembre prochain.

Il y a quelque chose de très fort dans cette affaire.
Je me souviens d’un jésuite, le père Starcky, très érudit,
qui a d’ailleurs travaillé sur les manuscrits de la Mer Morte.
Nous avions été faits Compagnons ensemble.
Il me disait « nous avons brûlé notre meilleur charbon là-bas ».
Et c’est vrai. Nous avions donné le meilleur de nous-même
mais nous avons touché à quelque chose d’essentiel,
à la signification de nos efforts, à notre signification humaine,
la valeur de toutes les choses essentielles ;
pouvoir se conduire soi-même,
ne jamais suivre de traces dans le désert mais se créer son propre chemin ; 
c’est-à-dire assumer ses propres responsabilités.

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