M2M – mardi 17 janvier

De La peau de chagrin à l’œuvre-monde balzacienne

Alexandre Péraud
Maître de conférence Univ. Bx Montaigne
Mardi 17 janvier à 17h00
Salle Paul Morin

La Peau de chagrin est l’œuvre d’une période troublée. Publié une quarantaine d’années après la Révolution française et moins de quinze ans après la chute de l’Empire, ce roman inclassable est à la mesure d’un monde qui a perdu ses repères. Jouant des vieux codes du fantastique, il dresse le portrait réaliste d’une société moderne vouée aux nouvelles « divinités » que sont l’argent ou la presse ; mettant en scène des jeunes gens, il déplore une «société expirante»; racontant l’épuisement social, il place le principe énergétique au centre de l’existence individuelle et collective. Jouant volontiers de ces différents paradoxes et de l’esthétique du contraste, La Peau de chagrin s’affirme comme une œuvre pleinement romantique, et ce à double titre. Si elle constitue d’une part un évident témoignage du « Mal du siècle » caractérisant la génération née autour de 1800, elle représente d’autre part une tentative visionnaire pour découvrir les forces nouvelles qui sont tout à la fois source d’ordre et de chaos. À ce titre, le roman de 1831 peut être considéré comme l’une des matrices de La Comédie humaine, le nombril d’une œuvre-monde qui s’écrit précisément pour rendre compte voire tenter de comprendre une société à laquelle les bouleversements historiques ont ôté sa lisibilité.

Maître de conférences habilité en littérature française, Alexandre Péraud enseigne à l’université Bordeaux Montaigne où il dirige l’UFR Humanités. Spécialiste du romantisme et du roman réaliste, il réfléchit aux relations qu’entretiennent la littérature et les sciences, notamment l’économie, au XIXe et XXe siècles. Il a notamment publié Le crédit dans la poétique balzacienne (Garnier, 2012), La comédie (in)humaine de l’argent (dir.), (Le Bord de l’eau, 2013) ainsi qu’une édition critique de Gobseck, L’Illustre Gaudissart, Gaudissart II, Un homme d’affaires, Le Député d’Arcis (Folio-Gallimard, 2019). élargissant ses travaux aux relations entre arts, littérature et économie, il oriente ses recherches vers une réflexion sur la question de la valeur des biens de l’esprit.

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