Concours photo(géo)graphique 2025-2026

Les lauréats du concours photo(géo)graphique 2025-2026 sont à l’honneur. Voici leurs photos, complétées par un petite explication. Bravo à tous les participants.

Vestiges de l’essor

Plateau de Soussouéou, Vallée d’Ossau, Pyrénées-Atlantiques, 2025

Ce télésiège abandonné représente le cycle tragique de la croissance. Dans un paysage montagneux propice aux sports d’hiver, l’extension infinie des infrastructures, synonyme de croissance via le tourisme, contribue au réchauffement climatique, qui rend ces équipements obsolètes. Face à ce déclin, la logique de croissance pousse à construire plus haut, des infrastructures tout autant néfastes pour l’environnement que la première. Ce territoire de décroissance est donc paradoxalement l’héritage d’une croissance sans limite.

Ilan Person, 2ECG

Sainte-Foy-la-Grande : entre passé, présent et futur

Sainte-Foy-la-Grande, Gironde, le 25 octobre 2025

Sainte-Foy-la-Grande, bien qu’elle soit la bastide la plus ancienne de Gironde, subit l’effet de la polarisation : Bordeaux attire tous les flux. Ainsi, les personnes qualifiées partent vers la métropole. C’est pourquoi Sainte-Foy-la-Grande connaît un déclin démographique qui s’ensuit d’un déclin économique : les magasins ferment les uns après les autres, les rues deviennent désertes (photographie prise Rue de la République, seule rue commerçante, un samedi à 14h), et les maisons se vident de leurs habitants. La bastide connaît donc une forte paupérisation avec une population précaire. Population tentée par le vote d’extrême-droite, comme dans de nombreux villages et villes du « couloir de la pauvreté », mais qui, malgré tout, résiste au grignotage de l’extrême-droite avec une vie politique toujours active. 

Constance Claverie, HKAL1

Friche d’une ancienne soufflante industrielle à Decazeville

Decazeville, Aveyron, 2024

Cette photographie représente une ancienne soufflante, témoin du passé industriel de Decazeville. Longtemps structuré par les activités minières et sidérurgiques, ce territoire a été profondément marqué par leur disparition au cours du XXe siècle. Leur disparition a laissé derrière elle des bâtiments et des machines à l’abandon, symbole du déclin économique local. Cette friche industrielle illustre un territoire de la décroissance subie, marqué par l’arrêt durable des activités productives. 

Léa Wiorowski, HKAL1

Bâtiment en ruine sur l’île d’Alonissos

Patiri, île d’Alonissos, Grèce, août 2025

Bâtiment reflétant l’entièreté d’un quartier abandonné à Patiri le principal port de l’île d’Alonissos. La cause de l’abandon n’est pas certaine : séisme, départ des habitants en vue du tourisme, construction touristique non aboutie. La décroissance peut donc être à plusieurs échelles. On peut aussi observer la végétation qui prend petit à petit possession des lieux et les différents graffitis.

Léonie Descudet, HKAL2

Un restaurateur ayant fait faillite dans la vallée de Gavarnie dans les Hautes Pyrénées

Vallée de Gavarnie, Hautes-Pyrénées, décembre 2025

Le manque de neige de plus en plus récurrent dans les Pyrénées attire moins de touristes. Ce phénomène se fait ressentir pour les commerçants pour qui la saison des sports d’hiver constitue une partie importante des recettes de l’année. Ils se redirigent vers des endroits devenus plus attractifs pour les touristes, comme les stations situées plus en hauteur ou qui ont su s’adapter au manque de neige en proposant de nouvelles activités. Le réchauffement climatique entraîne donc la désertification de ces territoires.

Lucile Labatut, HKAL2

Usine Laval & Lecamus abandonnée

Saïx, Tarn, 2026

Mise en activité en 1815, d’abord dans la fabrication de liège puis dans la manufacture, l’usine a été rachetée en 1883 par la famille Laval qui fournissait des étoffes de laine pour des boutiques privées mais aussi pour les troupes militaires françaises. Lorsqu’ils ont déposé le bilan en 1952, c’est un ferrailleur de Toulouse, Jean Puntis, qui en devient le nouveau propriétaire. Il louait une grande partie des locaux aux laboratoires Pierre Fabre. Dans les années 1970, la famille Puntis décide de recentrer ses activités sur Toulouse, l’usine est alors abandonnée et ses archives sont brûlées. Sa fermeture a impacté les Saïxols, dont la plupart ont perdu leur emploi, mais a aussi engendré le passage de la fin d’une ère marquée par les voyages en barque des travailleurs qui traversaient l’Agout et le bruit de la corne résonnant dans la ville.

Alexandra Peres, HKAL2

Au Nord, c’était la désindustrialisation

Anzin, Nord, le 31 octobre 2025

Dans la ville d’Anzin, au nord de Valenciennes, cette friche d’usine métallurgique du groupe Usinor bordant l’Escaut et laissée à l’abandon à la suite du déclin du secteur entre les années 1970 et 1990 incarne la décroissance économique subie par les espaces fortement industrialisés du Nord. Les rails rouillés et la zone de chargement des péniches en direction d’Anvers en partie démantelée évoquent la sortie de la région du réseau d’échanges mondial. Le complexe industriel dont faisait partie ce site employait à son apogée plus de 10 000 ouvriers. Aujourd’hui, la ville souffre encore des conséquences de la désindustrialisation, 26,4% de ses habitants étant chômeurs et 55% vivant en quartier prioritaire en 2024.

Thibault Costermans, HKBL

Reconversion et héritage

Cognac, Charente, 2025

Le centre-ville de Cognac, en Charente, fait face, depuis maintenant plusieurs années, à un phénomène de déclin économique et de vacance commerciale, concurrencé notamment par les commerces de la zone périurbaine. Cependant, certaines initiatives, en choisissant de valoriser l’héritage du centre-ville par sa reconversion, permettent un regain d’attractivité, comme c’est le cas du bar-restaurant « Le Garage ». Autrefois un des plus vieux garages auto du centre de Cognac, datant du XIXe siècle, c’est ici que se trouve aujourd’hui ce bar, dont la devanture emblématique est la même qu’il y a 128 ans.

Romane Monadier, KAL

La petite maison dans l’après vie

Pic d’Orhy, Pyrénées-Atlantiques, octobre 2025

Autrefois intégré à un paysage vivant, ce petit cabanon rouillé situé dans les Pyrénées au pic d’Orhy servait d’abri et témoignait d’une présence humaine peu reconnue mais essentielle. Aujourd’hui isolé et marqué par l’abandon, il ne remplit plus aucune fonction évidente et est peut-être même le siège de trafics ou autres activités dégradantes. La rouille et le vide environnant traduisent le déclin d’un mode de vie rural, lié au recul des activités agricoles et pastorales. Ce cabanon devient ainsi le symbole d’un monde qui s’efface lentement avec le temps.

Jade Guilleteau, 1ECG1

Habiter en dehors de la croissance

Sétif, Algérie, août 2025

Ce territoire rural algérien est marqué par la sobriété, en marge des logiques de production et de consommation intensives. La simplicité de cet habitat, les gestes simples du quotidien et la présence dominante des reliefs et des espaces naturels traduisent une forme de décroissance vécue, où l’essentiel prime sur l’accumulation et où l’adaptation au milieu structure les modes de vie. Dans ce paysage de la décroissance, la parabole devient alors le dernier fil tendu vers le reste du monde.

Khadija Boughelit-Chebrek, 1ECG2

Pour marque-pages : Permaliens.

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